Justice divine et Guerre juste.
Moyen-Orient - Quelle lecture chrétienne de la Guerre de la coalition israélo-américaine contre l’Iran. Par Ben ZAHOUI-DÉGBOU, Masterant en Théologie.
Source : -- (Agence GLOUZILET) Date : 25-03-2026 -- N°: 203 -- Lu : 150 fois -- envoyer à un ami
La Guerre au Moyen-Orient met en tension la foi en une Justice divine et la réalité actuelles dans le monde. Elle invite à une réflexion profonde sur le sens de la souffrance, la liberté humaine et la responsabilité morale des dirigeants des Nations. Si la Justice divine reste une source d’Espérance pour les Chrétiens, elle ne dispense pas les hommes de construire une Justice ici et maintenant. C’est peut-être dans cet équilibre entre foi et engagement que réside une réponse possible à cette question spirituelle complexe.
Dimona en Israël le 22 mars 2026. Un missile balistique tiré depuis l'Iran, a fait plus de 50 blessés parmi les habitants.

L'Iran a continué de lancer des salves de drones et de missiles sur Israël après l'attaque conjointe menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran tôt le 28 février. (Photo : Amir Levy/Getty Images)
La Guerre actuelle au Moyen-Orient soulève justement des interrogations profondes sur la notion de Justice divine. Face aux pertes en vies humaines massives et aux injustices constatées sur les théâtres des opérations, une question essentielle émerge : comment concilier l’idée d’un Dieu Juste et Bon avec la réalité tragique des conflits humains ? Cette réflexion traverse les siècles et demeure aujourd’hui encore, d’une brûlante actualité. À chaque conflit majeur dans le Monde, la même interrogation ressurgit : où est la Justice divine ? Et plus précisément, comment penser à elle lorsque des violences meurtrières opposent des Peuples, causant souffrances, destructions et pertes en vies humaines massives ?
Le conflit actuel entre l’Iran et Israël, soutenu par les États-Unis, ne fait pas exception. Chargé d’histoire, de symboles religieux et de tensions politiques, il semble parfois échapper à toute lecture simple. Pourtant, la Tradition chrétienne propose des outils théologiques et spirituels pour tenter d’en éclairer les enjeux, sans jamais prétendre en épuiser le mystère. Notre présente réflexion propose une « lecture pédagogique », de ce conflit à la lumière de la Tradition chrétienne, notamment à travers la Théorie de la « Guerre juste ».
Elle a été conceptualisée, entre autres, par les scolastiques espagnoles du 16e siècle, en occurrence, le Dominicain Francisco de Vitoria et le Jésuite Francisco Suarez. Cette Théorie affirme le principe que la Guerre n'est permise que pour rétablir la justice. Rappelons que le Pape François (1936-2025) qui était affligé par les conflits en cours en Ukraine, en Birmanie et au Soudan, avait propose à l’Église d’entamer un nouvel examen de la Doctrine de la « Guerre juste ». Ce nouvel examen s’appuie notamment sur Saint Augustin et Saint Thomas d'Aquin, qui dan leurs Théories, tentent de concilier le respect des valeurs de l’Évangile, telle que la défense de la vie, et la possibilité de faire la Guerre.
Leurs réflexions sur ce concept constituent un jalon primordial dans les visions morales et politiques conformément à la Tradition chrétienne. En effet, ces deux figures majeures du Christianisme, Saint Augustin et Saint Thomas d'Aquin, ont profondément structuré la Doctrine de la « Guerre juste », en proposant des cadres conceptuels qui continuent d’influencer la pensée contemporaine sur la légitimité du recours à la force.
Chez Augustin d'Hippone ou Saint Augustin l’Africain, (IVe–Ve siècle), la réflexion sur la Guerre s’inscrit dans une anthropologie marquée par le péché et la chute. Dans ses œuvres, notamment « La Cité de Dieu », il refuse de considérer la Guerre comme un bien en soi : elle demeure toujours un mal, mais un mal parfois nécessaire. La légitimité d’une Guerre repose avant tout sur l’intention morale qui la motive. Selon le Docteur africain du Christianisme, une Guerre peut être dite juste si elle vise à rétablir la paix et la justice, notamment en réponse à une injustice subie. Ainsi, l’autorité politique a le devoir de défendre l’ordre contre le désordre, « mais sans céder à la haine ou à la cruauté ». Augustin insiste donc sur la dimension intérieure et morale : même dans un conflit juste, le Chrétien doit conserver « une disposition d’amour », y compris envers l’ennemi.
Quant à Saint Thomas d’Aquin (XIIIe siècle), il systématise et rationalise davantage cette intuition augustinienne dans la « Somme théologique ». Dans sa thèse, il propose trois conditions classiques pour qu’une Guerre soit juste : premièrement, elle doit être déclarée par une autorité légitime ; deuxièmement, elle doit reposer sur une cause juste, telle que la réparation d’un tort ou la défense contre une agression ; troisièmement, elle doit être menée avec une intention droite, c’est-à-dire, dans la perspective du bien commun et non par désir de vengeance ou de domination hégémonique. À la différence d’Augustin, Thomas formalise ces critères de manière plus juridique et objective, offrant ainsi un cadre normatif qui peut être appliqué à l’évaluation concrète des conflits actuels.
La comparaison entre ces deux penseurs de l’Église, révèle à la fois une continuité et une évolution. Tous deux reconnaissent que la Guerre, bien que regrettable, peut être moralement justifiée dans certaines circonstances. Toutefois, Saint Augustin met davantage l’accent sur la disposition intérieure et la finalité spirituelle, tandis que Thomas d’Aquin élabore une Théorie plus structurée, orientée vers des critères extérieurs et vérifiables. En ce sens, Thomas ne rompt pas avec Augustin, mais en approfondit et en systématise les intuitions.
En définitive, la Doctrine de la « Guerre juste », telle qu’élaborée par Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, cherche à concilier le réalisme politique avec les exigences morales du Christianisme. Elle pose donc les bases d’une éthique de la Guerre qui, loin de légitimer la violence sans réserve, impose au contraire des limites strictes à son usage, en subordonnant toujours la force à la justice et à la paix.
La Guerre menée par la coalition Etats-Unis-Israël contre l’Iran peut-elle être qualifiée de « Guerre juste » ?
La question de savoir si la Guerre menée actuellement par la coalition Etats-Unis-Israël contre l’Iran peut être qualifiée de « Guerre juste » selon la Tradition chrétienne, est particulièrement complexe. Elle exige de mobiliser les critères classiques élaborés par la pensée chrétienne, notamment à partir justement de Saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin, tout en tenant compte de la nature concrète du conflit actuel.
Dans la Tradition chrétienne, la Guerre n’est jamais considérée comme un bien en soi, mais peut être tolérée à certaines conditions strictes. Ces conditions sont généralement regroupées en deux ensembles : en Latin, le jus ad bellum (le droit d’entrer en guerre) et le jus in bello (la manière de conduire la guerre). Pour qu’une Guerre soit dite juste, elle doit notamment répondre à une cause juste (comme la légitime défense), être déclarée par une autorité légitime, constituer un dernier recours après l’échec des moyens pacifiques de négociations, poursuivre une intention droite, et respecter une proportionnalité entre les maux causés et le bien recherché. En outre, la conduite des opérations doit épargner autant que possible les populations civiles.
Appliqués au conflit actuel, ces critères soulèvent de sérieuses difficultés. Tout d’abord, la question de la cause juste est mise en cause : les actions militaires semblent relever en partie d’une logique préventive, visant à empêcher une menace future, notamment liée au programme nucléaire iranien. Or, dans la Tradition chrétienne classique, la légitime défense suppose généralement une agression effective ou imminente, et non simplement hypothétique. Cela fragilise la justification morale initiale de l’entrée en Guerre des Etats-Unis et Israël contre l’Iran.
Ensuite, le critère du dernier recours paraît lui aussi problématique. Des voies diplomatiques et des négociations internationales étaient encore en cours avant l’escalade militaire, ce qui laisse penser que toutes les alternatives pacifiques n’avaient pas été pleinement épuisées. De plus, bien que les Etats-Unis et Israël soient des Nations reconnues, l’absence d’un consensus ou d’un mandat international explicite affaiblit la légitimité morale de leur intervention en Iran. L’ONU a été carrément écarté dans ce processus de déclaration de Guerre contre ce pays membre à part entière de cette organisation mondiale.
La question de la proportionnalité et du respect des civils est également centrale. Les conflits actuels dans le Monde, en raison de l’utilisation intense de technologique et de leur caractère asymétrique, entraînent presque inévitablement des pertes en vie humaines civiles importantes. Si celles-ci deviennent massives ou systématiques, elles contreviennent directement aux exigences du jus in bello ou la manière de conduire la Guerre, rendant celle-ci, moralement injustifiable dans sa conduite, même si certaines intentions initiales peuvent être plus ou moins défendables.
Enfin, l’intention droite, exigée par la Tradition chrétienne, est difficile à évaluer. Si les objectifs affichés sont la sécurité et la stabilité régionale au Moyen-Orient, ils peuvent coexister avec des intérêts stratégiques, économiques ou politiques, tels que l’affaiblissement durable d’un adversaire ou un changement de régime. Or, une Guerre motivée en partie par des intérêts de puissance hégémonique, s’éloigne de l’idéal moral défini par la Doctrine classique de la « Guerre juste ». Ainsi, à la lumière des critères traditionnels de cette Théorie, il apparaît difficile de qualifier ce conflit de pleinement juste. Au mieux, certaines de ses justifications peuvent être discutées, mais plusieurs conditions essentielles semblent ne pas être remplies de manière évidente. Cette analyse rejoint d’ailleurs une tendance plus large de la pensée chrétienne contemporaine, qui se montre de plus en plus réticente à reconnaître la légitimité des Guerres modernes, en raison de leur coût humain et de leur complexité morale.
Ben ZAHOUI-DÉGBOU, Masterant en Théologie, Institut BibleDoc (bibledoc.com) USA
Masterant en Théologie, BIBLEDOC,
Institut de Théologie, bibledoc.com
Sources : Saint Augustin et St Thomas
Mise en page et illustration :
ADJI Dagbo (glouziletnews.com)
Agence Glouzilet
Paris le 26 Mars 2026
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